Parler de sexualité à ses enfants : trois repères pour sortir du malaise
- 21 mai
- 3 min de lecture

Êtes-vous du genre à vous transformer en hérisson émotionnel quand votre enfant vous pose une question sur la sexualité? Qu'avez-vous fait la dernière fois que c'est arrivé ? Avez-vous botté en touche ("Hum... Tu as rangé ta chambre comme je te l'ai demandé?") ?
Si votre évitement de ces sujets vous place dans un inconfort, vous pouvez au moins vous dire que vous n'êtes pas seul. Peur d’en dire trop, trop tôt, de "mal" dire... La plupart des adultes se sentent maladroits dès qu'il s'agit de communication autour du corps, du plaisir, du désir, etc.
Sur ce sujet, il y a un point essentiel à prendre en considération : nos mômes ont des moyens électroniques pour répondre aux questions qu'ils se posent, ce qui n'est absolument pas rassurant. Face à un mot, une expression, sur un sujet "interdit", ils vont interroger les réseaux sociaux, Internet - au risque de se retrouver sur des sites pour adultes. Autrement dit, choisir de ne pas prendre la parole sur ces thématiques, c'est laisser la place à d'autres - aux intentions parfois incompatibles avec l'enfance.
La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas nécessaire d’être sexologue, militant ou parent parfait pour parler de sexualité avec un enfant. Comme souvent quand il s'agit de lien avec les plus jeunes, il est question ici de disponibilité, d'honnêteté - et de capacité à simplement dire : “Je ne sais pas, mais on peut chercher ensemble.”
Je vous propose cinq repères issus de mon expérience de sexologue et d'intervenante Evars pour construire un dialogue plus serein.
1. Pourquoi il ne s'agit pas de “parler de sexe”
C’est probablement le malentendu central. Nombreux sont les adultes qui envisagent que parler de sexualité avec un enfant revient à évoquer des pratiques sexuelles explicites. En réalité, l’éducation à la sexualité implique d'aborder des thèmes qui les concernent comme le respect et l'image du corps, l’intimité, les émotions, les limites, ou encore le consentement.
Des exemples :
transmettre à un enfant qu’il peut refuser d'être embrassé, c'est lui apprendre les bases du consentement ;
expliquer qu’aucun adulte ne doit lui demander de garder un secret sur son corps, c'est faire preuve de prévention.
Autrement dit : parler de sexualité n’est pas sexualiser l'enfant. C’est lui donner des outils de compréhension et de protection.
2. Évitez de faire une conférence
Les enfants posent souvent des questions très directes :“C'est quoi les règles ?”; “Ça veut dire quoi, faire l’amour ?”
Parce que ce n'est pas le moment, parce qu'il est gêné, etc., l'adulte va botter en touche. Gardez en tête que les enfants ne demandent pas un cours magistral. Ils cherchent une information précise, une réponse simple et adaptée à leur âge.
Des exemples :
“- C'est quoi les règles ?
- Les règles, c'est du sang qui s'écoule du sexe féminin tous les mois quand la femme n'est pas enceinte.”
“- Ça veut dire quoi, faire l’amour ?
- Faire l’amour, c’est une manière de se faire un câlin entre adultes qui en ont envie.”
La plupart du temps, l'enfant ne surenchérit pas : il a sa réponse, il retourne à ses activités.
Ne pas faire d'impasse est également le meilleur moyen de construire la confiance. Le moment venu, il paraîtra naturel à l'enfant de vous consulter - plutôt que de faire confiance à des comptes mal identifiés sur les réseaux sociaux.
3. La gêne n’est pas un échec éducatif
La gêne de l'adulte face aux questions de l'enfant n'est pas un problème en soi. Ce qui peut l'être en revanche, c'est le silence, la honte, les mensonges voire les réactions punitives.
Sentez-vous libre d'exprimer votre embarras à votre enfant (là non plus, il ne s'agit pas de faire une conférence ^_^) : “Je suis un peu gêné, quand j’étais petit on ne parlait pas de ces sujets, mais ta question est importante et tu as bien fait de la poser.”
Ce type de réponse transmet un point essentiel : les émotions ne devraient pas être une excuse pour faire l'impasse sur une discussion.
Et il faut rappeler qu'une conversation “parfaite” n’existe pas. L’éducation à la sexualité ressemble davantage à une série de petites discussions qui se tissent au fil des années, des demandes.
Mes trois ressources pour vous aider à accompagner vos enfants
Livre
Les 120 Questions que vos enfants vont vous poser de Charline Vermont. Charline est sexothérapeute, formatrice en santé sexuelle et à la tête du compte Instagram Orgasme et moi (812k followers). A destination des 5-14 ans, ce livre évoque avec précision et humour des thématiques variées visant à la fois à informer et à protéger. Il a été validé par un comité de médecins.
Podcast
L'entretien avec le gynécologue obstétricien Israël Nisand, engagé dans l'éducation des jeunes en santé sexuelle.
Autre ressource
On Sexprime Plateforme d’éducation à la sexualité destinée aux adolescents et aux adultes, produite avec une approche pédagogique et de santé publique.
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