[Vacances & couple 1/3] Le couple est-il soluble dans l'été ?
- il y a 4 jours
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C'est la fin de la journée/ de la semaine, vous rêvez de boire un verre sur une terrasse, en bonne compagnie. Au calme, avec légèreté. Vous envisagez vos vacances : réparatrices, douces, dans le partage. Mais voici que des souvenirs estivaux vous reviennent : non, décidément, les vacances ne sont jamais à la hauteur. Voire pire. Ce temps de repos et de retrouvailles est pourtant essentiel aux couples qui s'inscrivent dans la durée. Que disent nos attentes - et pourquoi un tel décalage avec la réalité ? Comment, in fine, l'été peut-il s'avérer un moment positif pour le couple ?

Mille posts sur les réseaux vous le diront : les vacances d’été sont synonyme de retrouvailles du couple. Comme si chacun d'entre nous pouvait poser sa fatigue, le stress des obligations quotidiennes, les pressions au travail, simplement parce que c'est le moment de le faire. Sur le terrain, pourtant, la déception est là. Difficulté à synchroniser les rythmes dans le couple, à harmoniser les envies... On se chamaille, on ne comprend pas l'autre, on le sent distant. Pour finir, il est probable que chacun mettra de l'eau dans son vin et un voile sur une déception - celle de se retrouver avec la simplicité des premiers temps.
Pourquoi c'est comme ça ?
Pour utiliser une expression contemporaine, la synchronisation de nos emplois du temps avec nos rythmes émotionnels et physiologiques (à lire dans un prochain article) n'est pas instantanée. Parce qu'on est en vacances, nous devrions le plus simplement du monde être en mesure de switcher vers la légèreté, la présence à l'autre, la disponibilité.
Les contraintes, un filet de sécurité. Cette croyance implique le constat d'une réalité structurelle. La vie conjugale fonctionne grâce à des impératifs quotidiens tels que la répartition des tâches, la gestion du temps, la prise de décisions communes. Regardez votre agenda et celui de votre partenaire : il est probable que vous ayez tel jour votre séance de cani-karting quand votre moitié va rejoindre son club d'escape game ou son cours d'afrovibes. Ajoutons à cela un possible temps parental partagé. Un apéro avec les collègues, les amis, les voisins. Les courses. Les parents. Un coup de rush au boulot...
Tous ces éléments sont plus ou moins vécus comme des contraintes ; ils sont pourtant des éléments structurants de la vie de couple. En tant que tels, ils jouent le rôle d'amortisseurs relationnels. Nous fonctionnons d'un point de structure à l'autre. Mais lorsque les contraintes professionnelles, parentales ou logistiques s'amenuisent, alors le couple se retrouve "à nu", sans les "amortisseurs" du quotidien.
Équité et bonheur conjugal. Si les contraintes diminuent durant les vacances, la répartition des tâches reste globalement la même que dans la vie de tous les jours. Une enquête Ifop de 2022 sur "Les couples et la 'charge mentale' durant les vacances et les voyages" montre que 53% des femmes assument le ménage du lieu de villégiature contre 15% des hommes, et que 41% des femmes se sont déjà disputées avec leur partenaire à propos de son manque d'implication dans la préparation des vacances.
De fait, plutôt que d'effacer les déséquilibres du quotidien, les congés ont tendance à les rendre plus visibles. Depuis les travaux, dans les années 1970, de la psychologue sociale américaine Elaine Hatfield, on sait à quel point le sentiment d'équité (et non d'égalité) influence la satisfaction dans les contextes amoureux et conjugaux. Le chercheur américain en psychologie John Gottman affirme d'ailleurs que les couples les plus épanouis donnent librement par affection sans comptabilité de leurs gestes vers l'autre.
Autrement dit, être en vacances ne fait pas tout, surtout quand les déséquilibres du quotidien font partie du voyage. Qui plus est, les séances de cani-karting ou les cours d'afrovibes ne sont pas là pour assurer un moment échappatoire programmé. Les inégalités et agacements supportés à la maison sont plus mal vécu dans un moment qu'on a rêvé comme reposant.
Un point de départ pour repenser le couple
Investies en tant qu'îlot de repos, de retrouvailles et de partage, les vacances peuvent s'avérer décevantes. Mais elles sont aussi la source de questions qu'on se posera - à soi-même, à l'autre - dans l'idée de faire avancer son couple :
la relation repose-t-elle sur un projet commun ou sur une organisation fonctionnelle ?
le lien affectif existe-t-il indépendamment de la gestion quotidienne ?
le couple sait-il exister hors de la coordination logistique ?
Si elles sont inconfortables, ces interrogations marquent d'abord la suspension des automatismes. Pour autant, il ne s'agit pas d'une épreuve de vérité, mais d'un moment d’observation. Et d'une possibilité conjoncturelle d'observer nos mécanismes, nos rythmes, et tous ces détails qu'on balance sous le tapis dans l'urgence (quand on les voit) même s'ils nous embêtent voire nous heurtent.
Nommer les besoins sans les transformer en exigence.
Identifier les zones de friction sans chercher à les résoudre dans l’urgence.
Introduire une forme de parole descriptive plutôt que corrective.
Tels sont quelques-uns des points qui gagneront à être réfléchis ensemble.
Un tel déplacement modifie déjà la structure du système. Il ne s’agit pas de réparer le couple, mais de rendre lisibles ses mécanismes. La qualité du lien à l'autre à la sortie des vacances ne dépend donc pas d’une performance relationnelle. Elle repose sur la capacité à transformer un moment de visibilité en espace de compréhension partagée.
Ou, pour le dire concrètement, prenez du temps pour revisiter ce vaste projet qu'est votre couple. Il en vaut probablement la peine.
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